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for absent friends (pv hemingway)

le Dim 9 Sep - 13:20

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{for absent friends}
crédit/ adoringaliciavikander ✰ w/@william hemingway

Sans qu'elle sût pourquoi, les visages qu'Helen Lewis croisait sur son passage étaient tous illuminés, même dans ce district où pourtant le mal côtoyait le pire. Les petits trafics allaient bon train dans l'ombre rare ménagée difficilement par les angles des buildings en cet après-midi ensoleillée. Si seulement Helen avait levé les yeux, elle aurait pu saisir la raison de cette liesse générale : peu parvenaient à faire abstraction des nuages sombres retenus entre les hautes tours de Charney pour profiter du soleil suspendu comme un sourire au milieu de la céleste immensité bleue. La proximité avec l'océan apportait son lot de brise et d'embruns, soulageant à moitié les victimes de la chaleur. Malheureusement pour elle, une idée demeurait aussi fixe dans son esprit que cet œil de plomb, avec l'intensité obsessionnelle d'une huître sur son rocher que rien ne déloge. Le retrouver. Elle avait sillonné la ville, rue par rue, ruelle après ruelle, district après district, dans la ferme et inexpugnable intention de le retrouver. Les heures avaient défilé sur son indifférence. Par habitude, elle s'était attendue à voir apparaître ses traits émaciés et creusé de mille ridules de poussière citadine derrière les portes de sa salle de sport. Par habitude, ses jambes avaient ressenti comme un membre fantôme la caresse un peu rêche de l'épais pelage de sa bête dont l'odeur était certes très éloignée du nom de fleur qu'elle portait. L'habitude, cette force inexpliquée qui la rendait sourde à tous les changements. À cause d'elle, son monde s'était effondré quand elle n'avait rencontré devant elle qu'une vitrine crasseuse derrière laquelle cinq mannequins de plastique faisaient la danse macabre du consumérisme vestimentaire. Un heurt. Un front cogné contre une porte close. Aïe. Elle s'était donc attardée, refusant d'admettre qu'il n'apparaîtrait pas d'un instant à l'autre pour la saluer et rendre un peu de leur lumière à ses journées si ternes ; puis la douleur avait succédé à son désarroi, un pic lancinant dans sa boîte crânienne qui lui brouilla un instant la vue. Pourquoi ? Pour quelle raison ? Qu'est-ce qui avait fait que ? Le sol sous ses pieds ne s'était pas simplement dérobé, il avait disparu. Dans son incompréhension, où se mêlaient la colère de l'abandon à celle de ne pouvoir supporter cet abandon, Helen se mit à marcher. Ce n'est que lorsque le cri d'une mouette parvint à ses oreilles qu'elle s'arrêta au beau milieu de la foule dont les particules élémentaires se séparèrent pour s'agglutiner de nouveau après l'avoir dépassée. « Merde, les docks. » murmura-t-elle avant de se laisser tomber lourdement sur le banc le plus proche. Le labyrinthe compliqué de pontons et de cordages précédait un horizon infini et plat, strié des silhouettes noires sur sa toile blanche, des mouettes et hirondelles venues ici pour déjeuner ; l'océan. Helen essuya la sueur qui perlait à son front. Son souffle était court et ses jambes lasses d'avoir ainsi traversé tout Charney, mais son but l'avait gardée d'écouter les pathétiques protestations de son corps. À cet instant précis, Helen avait renoncé. William Hemingway demeurerait à ce jour perdu dans les limbes.


Dernière édition par Helen Lewis le Lun 24 Sep - 8:11, édité 1 fois


† she looks as if expecting a surprise maybe an encounter that will change her life not knowing hot from cold or good for bad
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Re: for absent friends (pv hemingway)

le Mar 18 Sep - 8:23
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Cela fait quelques jours que j’ai été contraint de changer mes habitudes. Les marques sur mon visage attestent que c’eut été contre ma volonté : un coquard bleuit mon œil et descend jusqu’à ma pommette gonflée, ma lèvre inférieure est déchirée sur sa courbe, péniblement rattachée par quelques points de suture maladroits de ma part. Mon corps est douloureux, une souffrance qui remonte de mon bassin jusqu’au milieu de mon dos, quelques douleurs à l’épaule. Malgré ma prudence et ma discrétion, il y a toujours quelqu’un pour me reconnaître. Pour reconnaître l’agent de l’ordre, à présent dissimulé sous ce corps maigre, aux joues creusées, à la barbe mal rasée. Pour y voir une occasion de vengeance, bien que je sois déjà assis dans la poussière, oublié et ignoré, méprisé et moqué. Bien que l’on m’ait déjà retiré toute once d’humanité. Et les coups se rappellent à moi, me rappelle une histoire si ancienne qu’il m’est difficile de totalement me la remémorer. Cette époque où, Lieutenant de la Brigade Canine, je pourchassais les dealers, je les traînais en justice, je les condamnais pour quelques années de prison qu’ils arrivaient aisément à réduire par leur « bonne conduite » ou en échange d’un peu d’argent. Comme si cela pouvait suffire à nettoyer leur âme des crimes qu’ils ont commis. De cette souillure dont ils se sont imprégnés, dont ils ont peut-être été nourris jusqu’à en vomir, jusqu’à en contaminer d’autres. Leurs insultes ne m’ont jamais touché, comme leurs menaces : non pas que je ne les prenais pas au sérieux, mais je ne voulais pas me faire atteindre.

Aujourd’hui, cependant, ils ont su le faire. Ma tête résonne au rythme de mes pas, de la douleur lancinante qui me traverse le crâne à chaque battement de cœur. J’ai dû payer mes soins médicaux et je n’ai plus l’argent pour me nourrir, un argent qu’on rechigne plus encore à me donner. On me pense probablement ivrogne, une vulgaire épave qu’on abandonne sur le récif, espérant que la rue finira par m’effacer. S’ils savaient que ces blessures, je les ai eues pour les avoir défendus. Qu’on s’est vengés de les avoir mis en sécurité. Enfin, je les comprends. J’imagine qu’à leur place, j’aurais réagi de la même façon. Probablement. Disons qu’en réalité, j’ai toujours été plus attaché, plus conciliant, avec ceux qui n’avaient rien. Avec ceux qui ne demandaient rien, par habitude qu’on ne leur offre pas même un sourire, bien que ce soit gratuit, sans douleur, sans humiliation aucune. Un simple geste de sympathie, une étincelle d’humanité qui peut suffire à éclairer une journée. Car elle permet de se sentir reconnu et d’exister. Pas seulement détesté et rejeté par cette société aveugle, sourde et muette, non pas de naissance, mais par volonté de se couper à la réalité. De ne pas voir ce qui l’arrange, comme le criminel dont l’argent aide à la construction d’une école, sourde aux plaintes des plus misérables, préférant la parole des plus puissants, muette car son silence arrange ses amis, car ne pas prendre de position lui évite de se faire des ennemis.

A dire vrai, je n’aurais jamais crû que ma présence manquerait à quelqu’un. Mon existence s’est détachée de celles du peu d’amis que j’aie pu avoir. J’erre, au hasard, porté par le vent, poussé par les courants. Je déambule dans les rues, sans me préoccuper des passages que j’emprunte, des visages que je croise. Le fait de n’avoir rien avalé depuis quelques jours y aide beaucoup. Pour les chiens, ce n’est pas la même chose : j’arrive à récupérer dans les poubelles des restaurants de la viande crue, ou je demande aux bouchers des pièces avariées. Pour eux, la fraicheur de la viande n’altère ni son goût ni sa qualité. Je fais partie de ces hommes qui préfère nourrir ses chiens qu’eux-mêmes et nous sommes nombreux, parmi ceux qui ne possèdent plus rien. Lila me dépasse. Je la suis du regard. Râ est contre ma jambe, Glas s’appuie contre l’autre, ils m’escortent, inquiets. Régulièrement, la langue chaude de Râ offre à ma main une caresse brève alors que Glas, plus bourru, se contente d’appuyer son épaule contre le bas de ma cuisse. Dingo sautille autour de moi et aboie un peu, par habitude. Je réponds par un simple signe de tête pour lui demander le silence. Lila s’avance et mes yeux suivent son pelage immaculé. Elle remue la queue. Sa tête s’est levée et je reconnais son sourire, enfin, cette joie qui éclaire sn regard, sa gueule qui s’ouvre pour libérer un petit aboiement bref, une salutation. Elle rejoint une jeune femme, assise sur son banc, s’installe simplement en face d’elle. Lila a toujours eu un faible pour les femmes… Avec elles, elle se montre polie, joueuse, tendre et affectueuses. Après ce geste, Lila se redresse et s’approche, inclinant la tête en la regardant du coin des yeux, l’invitant à une caresse.

_ Lila…

J’ai appelé de ma voix grave et douce, cette voix toujours un peu monotone. Les chiens sont très sensibles aux intonations de ma voix et m’ont imposé de la maîtriser pour, au mieux, les diriger. Je sais qu’un simple éclat de joie peut suffire à effrayer Glas, dont le passé houleux a abandonné de terribles cicatrices sur son corps, au point de lui en faire perdre un œil. Je redresse les yeux vers la jeune femme et cligne des yeux quand je la reconnais. Une femme de passage… Je l’ai toujours vue sortir de sa salle de sport, à une heure précise.

Marcher et passer devant moi, accompagnée par Lila sur quelques pas. Pourquoi m’y étais je installé ? Hm… Il y a de cela quelques temps, un homme prenait plaisir à attendre les femmes devant la salle du sport, jusqu’à en trouver une à son goût… Alors j’ai décidé, régulièrement, de monter la garde. Assis à même le sol, entouré de mes chiens, l’homme ne m’a, en premier lieu, pas remarqué. Tout du moins, jusqu’à ce que je le vois s’approcher d’une femme qui fumait et l’aborder. Jusqu’à ce que je voie qu’elle le repousse et qu’il a insisté. Lourdement. Alors je me suis levé. Glas à mes côtés. Et je l’ai invité à s’en aller. De ne plus revenir ici. Il ne m’a pas crû, jusqu’à ce que Râ aille lui mordre le mollet. De quoi le décourager. L’homme n’est plus revenu, bien que je l’ai aperçu rôder dans les rues voisines mais au moins, il ne suit plus les femmes et fuit quand il me croise.

Bien que je ne travaille plus, je n’arrive pas à me débarrasser de certains réflexes. Comme protéger. Surveiller. Assurer la sécurité. Je continue à faire régner l’ordre, à mon échelle, avec les moyens que je possède. Elle semble troublée, comme inquiète ou bouleversée, malgré son visage figé. Un homme comme moi apprend à fonctionner plus au cœur qu’à la tête, pour comprendre les chiens dont le langage peut bien différer de nos mots. Comme son regard n’a pas besoin de phrases pour que je le comprenne. Pour que je sente comme une pincée d’angoisse me saisir, par empathie, par sympathie pour cette femme à laquelle je me suis attaché sans même le savoir. Je suis assez sensible, trop d’ailleurs selon certains : pour moi, ce n’est simplement que du respect, de la compréhension, de l’humanité, cette qualité qui se perd, qu’on sait de moins en moins définir, qu’on associe de plus en plus à des actes totalement opposés à son sens premier. Comme l’égoïsme, la cruauté, la méchanceté. Non, ce n’est pas ainsi qu’on définit l’humanité, mais davantage la connerie humaine.

Ainsi, les chiens peuvent faire preuve d’humanité, comme bien d’autres animaux,. J’ai une pensée pour ces éléphants qui pleurent la mort d’un proche des semaines, des mois durant, au point de s’en laisser mourir de désespoir. Ou encore, de ces animaux qui peuvent s’entraider. Je m’approche, doucement, rappelle ma douce Lila d’un petit geste de la main. Lila s’approche, mais reste à équidistance entre moi et la jeune femme, qu’elle contemple en remuant toujours la queue. Mes yeux se reposent sur elle.

_ Tout va bien ?

Je l’ai simplement demandé, de ma voix grave et posée. Une réelle inquiétude, cependant, anime mes mots, mais aussi, une chaleur spontanée, bienveillante, celle que j’ai toujours renfermée. Une bonté qui éclot au moindre regard, une envie d’aider, un besoin d’aider, comme à chaque fois que je sens quelqu’un en difficulté. Peut-être suis-je en train de me tromper ? Peut-être va-t-elle me chasser, comme cela a déjà pu m’arriver avec d’autres ? Eh bien dans ce cas, tant pis, j’aurais fait, dit, ce qu’il me semblait bon de dire. Car dans ce monde, tout devient futile, on ne retient que les mauvaises choses, les mauvais actes, au point d’oublier que parfois, un simple « tu vas bien ? » peut suffire à soutenir quelqu’un.  
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Re: for absent friends (pv hemingway)

le Dim 14 Oct - 18:54

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Helen avait abandonné son corps las et courbaturé aux angles rudes du banc de métal sur lequel elle reposait. Ses sens s'étaient fermés au monde extérieur, repliés et reclus dans son angoisse, roulés en boule dans son cœur tout serré par le manque. On ne brisait pas impunément les habitudes de la jeune interne. Son quotidien réglé comme une horloge ne connaissait pas l'imprévisible, l'impromptu ; il ne voyait pas les choses apparaître comme sorties du chapeau d'un prestidigitateur, ou au contraire, leur disparition soudaine hors de son paysage bien ordonné. Helen Lewis ne maîtrisait pas le lâcher prise. Le moindre sursaut était une torture. Question de tolérance. Pourtant, comme un voile de ténèbres soulevé pour révéler un monde dans toute sa lumière, un aboiement vint la tirer de sa torpeur. Pas du genre belliqueux, menaçant, venu prévenir l'intrus de ne pas esquisser un pas de plus ; mais un tintement bienveillant, l'éclat de rire heureux d'un animal enjoué. Le regard assombri d'Helen glissa jusqu'au sol pour rencontrer celui rieur et enthousiasmé d'une petite boule aux poils immaculés. Non ?! Il était là. L'interne se leva, se tourna dans tous les sens et le trouva, droit sur ses deux jambes quelques mètres plus loin. Si une force inconnue ne l'en avait pas empêchée, elle se serait probablement jetée dans ses bras. La vie désormais, pouvait reprendre. Qu'était-ce donc que ce sentiment ? Bien au-delà du soulagement, une personne normale aurait pu y associer le mot de gratitude, mais c'était là un saut bien trop haut pour Helen. « Oui, ça va. » fit-elle abruptement en allant à sa rencontre, suivie de près par le chien qu'il avait appelé Lila. Mince. Elle ne l'entendait pas comme ça. Elle avait voulu être rassurante, et à la place, son ton s'était fait presque accusateur. Oui ça va, mais certainement pas grâce à toi. Pouvait-on vraiment dire ces choses à un parfait inconnu ? L'était-il seulement, alors qu'ils se croisaient presque quotidiennement à la sortie de sa salle de sport ? Les mots qui se pressaient, mille combinaisons grammaticales toutes plus inquisitrices les unes que les autres, aux lèvres d'Helen, la forcèrent à reprendre son souffle. « Vous... vous n'étiez pas là aujourd'hui. » Son explication mourut aussitôt tant lui apparut pitoyable. « Je veux dire... Pourquoi est-ce que vous n'étiez pas là ? Et puis... » Ses yeux parcourent son visage : les hématomes, les contusions, les sutures à ses lèvres maladroitement exécutées. Le médecin qui sommeillait en elle s'éveilla aussitôt, tout stéthoscope et scalpel dehors, prêt à en découdre. « Je peux faire quelque chose au sujet de cette lèvre vous savez. » Helen Lewis n'était pas du genre à poser des questions, à faire la police des mœurs ou à mener des interrogatoires fouillés. Elle se fichait biens des gens, du moment qu'ils étaient à la place à laquelle elle s'attendait qu'ils soient. Pourtant, quelque chose chez cet homme la questionnait. Lui faisait se demander : pourquoi ? Devant ce visage gentil et doux, elle n'avait d'autre envie que de l'être à son tour, envers lui.


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Re: for absent friends (pv hemingway)

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